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Le phénomène grandissant des « covers »

Les reprises de chansons ou cover en anglais ne sont pas exactement un phénomène nouveau, loin de là mais avec la démocratisation du web, tout le monde peut s’y mettre et quand je dis « tout le monde », c’est… vraiment tout le monde !

 

Hommage ou Opportunisme ?

La cover est un exercice de style inévitable de la sphère rock. That’s All Right Mama, une reprise d’Arthur Crudup, un noir, par Elvis Presley, un blanc, va pulvériser les barrières raciales derrières lesquelles le rock naissant était maintenu. Les Beatles commencent par des reprises et font à leur tour l’objet de relectures diverses, tout comme les Rolling Stones et bien d’autres. Puis viendra le tour des Tribute bands et leurs adaptations au goût du jour de chansons d’une autre époque. En d’autres termes, la reprise évolue sans cesse avec le rock, contribuant à inventer ses formes, fonder ses groupes, élargir son horizon musical, définir sa généalogie ou sauvegarder son patrimoine de chansons.

Sorti de ce phénomène rock, c’est comme s’ils s’étaient tous donné le mot. Depuis quelques déjà, chanteurs, musiciens ou encore DJs reprennent à vau-l’eau les airs qui nous ont bercé par le passé. Complaintes d’avant-guerre, rengaines sixties, hits des années top 50, hymnes rock, tubes technos ou classiques easy-listening sont tous exhumés de notre mémoire collective et connaissent un nouveau succès public, sous la forme de reprises décalées, de covers intimistes ou de relectures compassées. Depuis plus de deux ans maintenant, les tubes de saison ressemblent fort à ceux qui ont fait frémir, danser ou pleurer, nos grands frères, nos parents ou nos grands-parents.

Marc Collin, musicien et producteur, passé par la pop comme la musique électronique, et maître d’œuvre du projet, Nouvelle Vague et « Hollywood Mon Amour », a d’ailleurs son idée sur le sujet.

« Lorsque j’étais ado, vers 1983-84, je n’achetais que des nouveautés, et il ne me serait jamais venu à l’idée d’acheter un disque qui serait même sorti cinq ans auparavant. Ce qui nous intéressait, c’était la musique actuelle, voire celle qui préfigurait le futur. Par la suite, on a connu et l’on a participé à la vague house et techno, mais depuis la fin des années 90, il faut bien avouer que l’on tourne en rond. L’une des raisons, c’est que l’underground et les avant-gardes, notamment dans l’électronique, ne parviennent plus du tout à pénétrer auprès du grand public, mis à part à travers la figure d’une artiste comme Björk. Par le passé, la musique a souvent évolué ainsi, en puisant dans le domaine de la recherche, histoire d’inventer et d’amener au public quelque chose de neuf. Mais aujourd’hui, ce phénomène n’existe quasiment plus. On n’attend pas de Coldplay qu’ils révolutionnent la musique ! Le public n’a donc plus accès à ce qui est novateur, et d’ailleurs les artistes des avant-gardes ne cherchent plus du tout à le séduire. Les gens se tournent donc naturellement vers ce qu’ils connaissent »

 

Une facilité pour les jeunes générations

Aujourd’hui, l’Internet, et plus particulièrement YouTube, permet aux artistes en herbe de livrer leurs œuvres plus facilement. Maintenant, faire des covers, ça peut être facile : on connaît la chanson, on la refait, on ajoute une petite touche personnelle, on fait une vidéo, on la met sur Youtube. Ensuite, les gens trouvent notre version en cherchant l’originale, un moyen facile de se faire connaître, mais il ne faut surtout pas manquer son coup.

Devons-nous nous en offusquer ? Après tout, on est sur Internet, et chacun a droit de cité, même sur Youtube. Cependant, on a quand même le droit personnellement de se demander si certains ne cherchent quà surfer sur la vague de popularité d’un autre.

Voici quelques exemples d’artistes qui surfent sur la vague des reprises :

Mike Tompkins, un homme-orchestre Anglais qui refait les grands succès en s’enregistrant des dizaines de fois faisant chaque instrument composant la chanson de l’artiste original. Ses versions sont bien enregistrées, et ses clips bien réalisés.

 

Karmin est un duo américain de pop music, composé de Amy Heidemann et Nick Noonan, connus principalement pour leur reprises de Look At Me Now de Chris Brown (vidéo ci-dessous), Super Bass de Nicki Minaj et de Set Fire to the Rain d’Adèle.

 

Madilyn Bailey, jeune artiste de 19 ans, vivant dans le Wisconsin.

Plutôt qu’une mode éphémère, une tendance médiatique ou même une vague de fond, la reprise n’est-elle finalement pas l’un des symptômes caractéristiques de notre époque ? Cette époque qui voit les tubes du moment et les hits d’hier, repris et convertis. Cette culture éminemment ludique qui, grâce aux outils informatiques mis à sa disposition, pratique le remix généralisé des formes, s’amuse à mélanger les époques et à hybrider les styles. Une époque enfin, qui voit l’émergence et le règne d’un nouvel univers de la communication (peu enclin à l’avant-garde), au sein duquel la musique constitue un produit d’appel. Cette nouvelle tendance à la reprise, à l’interprétation, à la conversion et à l’hommage, révèle en effet une nouvelle esthétique, mais aussi une implacable logique commerciale.

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